Décrire, pas dicter
Un correcteur automatique décide de ce qui est correct. Ce clavier part de l’autre bout : ce qui compte, c’est ce que tu écris vraiment. Cette idée porte un nom, elle est plus vieille que les téléphones, et ce n’est pas nous qui l’avons inventée.
Deux métiers, et celui-ci a choisi le second
On peut s’occuper d’une langue de deux façons. La première dit comment il faudrait écrire : c’est le travail du manuel de grammaire, du correcteur d’épreuves, du guide de style. On la dit prescriptive.
La seconde observe comment les gens écrivent vraiment, sans les reprendre : les abréviations, la ponctuation qui saute, les mots qu’on invente en chemin. On la dit descriptive, et c’est celle des linguistes.
Les deux sont utiles, et il n’y a pas de camp à choisir dans l’absolu. Mais un clavier n’est pas un correcteur d’épreuves : il ne relit pas ton manuscrit, il t’accompagne dans une conversation. Reprendre quelqu’un pendant qu’il parle, ça porte un autre nom.
Ce clavier est donc descriptif. Il ne prétend pas savoir ce qui est correct. Il apprend ce que tu écris, toi, et il t’aide à l’écrire plus vite.
Ta façon d’écrire porte un nom : l’idiolecte
Les linguistes appellent idiolecte l’usage qu’une seule personne fait de sa langue : son vocabulaire, ses tournures, ses abréviations, sa ponctuation. Deux personnes d’une même famille n’ont pas le même.
C’est par là que commence la fiche de cette app sur l’App Store : on ne fait pas tous les mêmes fautes de frappe. Un correcteur statistique vise le milieu de tout le monde — et le milieu de tout le monde n’est l’idiolecte de personne. C’est pour ça qu’il tombe si souvent à côté sur toi en particulier.
Une règle que tu écris, elle, ne vise que toi. Elle ne peut pas se tromper de personne.
Ce que ce mot ne couvre pas
Autant être honnête sur ce que le terme désigne : l’idiolecte est une affaire de langue, pas de doigts. Il ne dit rien de la géométrie de ton pouce.
Or c’est l’autre moitié du travail. Ce clavier retient aussi l’endroit exact où ton doigt tombe sur chaque touche — qui n’est pas le centre, et qui n’est pas le même que le mien.
Deux couches, donc, et on gagne à ne pas les confondre : ce que tu écris, qui relève de la langue, et la façon dont tu le tapes, qui relève du geste. L’app travaille sur les deux. Elle ne prétend pas que ce soit la même chose.
Comment une décision se prend ici
Une conception se défend avec des chiffres, ou elle ne se défend pas. Trois habitudes, et elles sont vérifiables sur ce site :
- On cherche la mesure avant de trancher, pas après.
- On donne la source, pour que tu puisses vérifier sans avoir à nous croire.
- On publie ce qui nous contredit. La page « Ce qu’on a lu » porte une conclusion qui va contre ce clavier : l’autocorrection, elle, aide la vitesse de frappe. Elle y est parce qu’elle est vraie.
Et quand un chiffre est un jugement plutôt qu’une mesure, il est annoncé comme tel : la carte des langues dit elle-même que personne, nulle part, ne mesure dans quelle langue le monde écrit ses textos.
Les études qu’on a lues, avec leurs sources →
Nos propres chiffres, avec leurs limites →
Aucun corpus, et c’est un renoncement
Pour étudier une langue, on rassemble un corpus : de grandes quantités de textes réels, prélevés chez de vraies personnes. C’est la matière première du métier — et une app de clavier serait idéalement placée pour en constituer un.
Celle-ci n’en amasse aucun. Rien de ce que tu tapes ne quitte ton téléphone : pas un mot, pas une phrase, jamais. Il n’existe aucun serveur, chez le développeur, par où ton texte pourrait passer.
Ça se paie, et autant le dire : on ne saura jamais comment « les gens » écrivent en général. Ce que le clavier apprend, il l’apprend chez toi, pour toi, et ça reste chez toi.
Même la mesure anonyme que l’app peut te demander d’accepter — éteinte par défaut, et retirable quand tu veux — ne transporte que quatorze compteurs : pas un mot, pas une touche, pas une cadence de frappe. Personne ne pourrait en tirer une étude sur la langue. Nous les premiers.